Analyse | Canada – États-Unis : tension, chaos et K.-O.
Il ne fallait pas arriver en retard pour ce duel entre le Canada et les États-Unis. Ou peut-être que si en fait. Le monsieur faisait ainsi référence à ce début de match un peu fou, perdu par les Canadiens. En l’espace de neuf secondes, pourtant, c’est de bien plus de dix ans que le hockey a donné l’impression de reculer. Coup sur coup, les frères Matthew et Brady Tkachuk, suivis de Jonathan Tanner Miller, ont jeté les gants et livré bataille à leurs adversaires canadiens, qui ne se sont d’ailleurs pas fait prier. Pendant que, sur les réseaux sociaux, de nombreux amateurs devant leur téléviseur se demandaient s’ils avaient syntonisé le bon poste, au Centre Bell, les rugissements ont atteint des niveaux insoupçonnés. On peut en penser ce qu’on veut, ce n’est pas ici ni maintenant que sera réglé le débat des bagarres au hockey. Cette Confrontation des 4 nations est un tournoi régi par la LNH, là où les batailles sont permises, contrairement aux règlements de la Fédération internationale de hockey (IIHF). Ces gars-là ont grandi là-dedans, ça fait partie de notre sport et, la dernière fois que j’ai regardé, je n’ai vu personne se ruer vers la sortie. Le début de match s’est déroulé sous haute tension. Dans le climat politique actuel, on pouvait s’y attendre. L’hymne national américain a été bruyamment hué, tel que le veut la coutume depuis quelques semaines, ce qui a pu vexer les joueurs américains. On pourrait croire que les Tkachuk et Miller ont voulu décharger un mélange d’adrénaline et d’émotions diverses. Or il n’en est rien à les entendre. La veille, dans une discussion de groupe virtuelle, les deux frères et leur acolyte ont décidé qu’ils jetteraient les gants à tour de rôle. Un fin stratagème dont personne d’autre n’avait connaissance. Peu de temps après la furie initiale, le hockey, son volet avec bâton et rondelle du moins, a repris. Et dans cet amphithéâtre survolté, pendant cinq minutes de joute endiablée, il y eut la promesse d’un grand spectacle. Connor McDavid qui décampe à toutes jambes, contourne Charlie McAvoy comme s’il n’existe pas et ouvre la marque d’un magnifique revers. Une pièce d’anthologie. Puis, tranquillement, le jeu s’est refermé, le spectacle a fait place à un bijou défensif tout en maîtrise des Américains. Le genre de match que les entraîneurs adorent, surtout celui qui gagne. De brefs moments d’égarement ont permis aux États-Unis de refermer leur emprise sur ce match. Un mauvais but donné par le gardien canadien Jordan Binnington à Jake Guentzel en première période, un changement mal synchronisé de Thomas Harley et Drew Doughty en deuxième qui a ouvert la porte au filet de Dylan Larkin, et, comme on le disait, une belle rigueur en défense pour couronner le tout. Auston Matthews, par exemple, n’a rien fait qui vaille à l’attaque, mais a bloqué un tir de la pointe au bon moment au troisième engagement et s’est signalé par un beau repli défensif pour prévenir une chance de marquer. Et ce désir était manifeste dans le camp des étoiles et des bandes. Larkin et Guentzel, McAvoy et Slavin, pour ne nommer qu’eux, ont disputé une rencontre quasi exemplaire. Pas que les Canadiens ont manqué de hargne, simplement qu’on les a étouffés. L’échec avant des Américains a causé toutes sortes d’ennuis aux hommes en rouge tant et si bien qu’il leur est devenu pénible de sortir de leur territoire. Soudainement, cette défense canadienne bâtie avec quelques joueurs de rôle, plus vieille de près de quatre ans en moyenne que celle des États-Unis, est apparue bien lente. On a beaucoup misé sur l’expérience – Drew Doughty pour remplacer Alex Pietrangelo par exemple – ce qui a évidemment une valeur. Ironiquement, le plus jeune défenseur du groupe, Thomas Harley, appelé en catastrophe pour palier l’absence de Cale Makar, gros souliers à chausser direz-vous, a très bien paru. C’est même lui qui a généré le plus d’attaque selon les statistiques avancées compilées par nos amis de chez Natural Stat Trick. Quand le Canada perd au hockey, les critiques fusent généralement assez rapidement. La sélection nationale a-t-elle erré? A-t-elle accordé trop d’importance aux curriculums vitae bien garnis et pas assez à la fougue de la jeunesse? S’est-elle compliqué la vie en écartant des talents bruts pour se rabattre sur des guerriers au rôle bien précis? Il est encore trop tôt pour statuer sur la chose : le pays est toujours en vie dans ce tournoi et contrôle sa destinée. Une victoire en temps réglementaire face aux Finlandais lundi, à Boston, l’assurerait de retrouver les Américains en finale, eux qui sont déjà qualifiés. Aux yeux de Sidney Crosby, le Canada a eu ses chances, il ne les a juste pas saisies. À cette courte liste de doléances, l’on pourrait ajouter la prestation du gardien. Jon Cooper a défendu Jordan Binnington après le match affirmant qu’il a été On sent néanmoins la controverse poindre à l’horizon. Et qui se surprendra si Adin Hill obtient le départ contre la Finlande? La bande à Patrik Laine a bien changé de gardien avant son deuxième match et les Suédois l’ont fait entre la première et la deuxième période de leur second. Dans un tournoi aussi court, l’impatience est une vertu.Dix ans sans compétition internationale, encapsulés en une minute et demie
, a laissé tomber l’entraîneur canadien Jon Cooper.Quand tu as un engagement comme ça, c’est un bon indicateur de ce que ce match signifie pour les joueurs. Quel extraordinaire match de hockey
, a estimé Mike Sullivan, l’entraîneur américain.Brio défensif
J’ai été tellement impressionné par notre dévouement en défense. On en parle depuis le premier jour. Avec les joueurs, avec les entraîneurs : qu’est-ce que ça va prendre pour gagner? Un engagement à jouer quand on n’a pas la rondelle. Peu importe le talent de cette équipe, c’est difficile de gagner sans ce désir de défendre
, a lâché Sullivan.C’était du hockey vraiment serré. Il n’y a pas eu beaucoup d’occasions. Il n’y a pas beaucoup de temps et d’espace sur la glace, pas beaucoup d’erreurs de couverture, alors quand tu as une chance, il faut en profiter
, a fait valoir le capitaine.Je ne pense pas qu’il manquait grand-chose. Ils ont profité de leurs chances et pas nous
, a résumé froidement Brandon Hagel.trop dur envers lui-même
, le gardien s’étant blâmé sur le premier but. Il avait aussi reconnu ses torts après le match contre la Suède, ce qui fait, si le compte est bon, deux fois en deux rencontres.
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